Du 42 au 69, 72 kms en Douzaleur

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I’m (not) a big running joke

Vendredi 2 décembre 18h54 au Jeune Caravaniste je fais l’acquisition de ma première couverture de survie. Elle est or. Le vendeur m’explique qu’ils n’ont que ce coloris. Pas le temps d’aller vérifier l’info chez Heptathlon. Or c’est joli ça va avec tout et je m’en ferai une jupe pour les fêtes au pire. En attendant je la range dans mon sac à dos. Demain je cours la SaintéLyon. Une idée que je sais plus comment qu’elle est venue mais qu’il ne devait pas y avoir que de l’eau à table. Preuve en est la réaction de ma copine Tiphaine (si vous ne la connaissez pas vous devriez) : “tu sais qu’il y a le train entre Saint Étienne et Lyon maintenant ?”. Visiblement nous sommes 17000 à ne pas avoir eu l’info.

Ai-je bien pensé à enregistrer le Téléthon ?

De nature profondément généreuse, c’est en relais que je parcourrai pour la première fois la course mythique. Car oui à ce stade de ma vie de traileuse pour faire 72 km, de nuit de surcroît, un petit coup de Blablacar me semble plus opportun. Ou opportrain, au choix. Nous allons maintenant faire un saut dans le temps pour nous retrouver samedi 23h40 sur la ligne de départ à Saint Etienne. Tout ce que vous avez raté entre ces deux moments n’est qu’une alternance d’absorptions de féculents et de pipis de la peur.

Je serai donc la première relayeuse. Me voici dans le sas de départ avec deux amies. Vêtue de mon t-shirt Douzaleur de circonstances, car si vous ne l’aviez pas encore compris : I’m (not) a big running joke. Ai-je bien pensé à enregistrer le Téléthon ? Qui sera éliminé ce soir dans Danse avec les stars ? Vais-je violemment frapper dans les côtes ce type qui me bouscule avec son sac à dos depuis 5 minutes ? Michael Jackson est-il toujours vivant ? Les questions se bousculent dans ma tête.

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La pression ? Quelle pression ?

Les vagues de départ sont un grand ascenseur émotionnel. Tu crois que ça va être à toi tu tapes dans les mains, tu es prêt, eeeeeeet non ce n’est pas encore pour cette fois. Cela me rappelle ces moments où tu vois quelqu’un te faire coucou, tu hésites, tu finis par faire coucou toi aussi et non, c’était bien destiné à la personne de derrière. Le froid stéphanois me caresse doucement le visage. Un de mes orteils à droite a commencé à geler. Ce n’était pas mon préféré.

Tiens quel est ce bel édifice paré de mille lumières ? Oh c’est un Quick !

7km très roulane dans la zone industrielle de Saint Étienne pour débuter. C’est ce que j’affectionne dans le trail, découvrir de nouveaux paysages. Tiens quel est ce bel édifice paré de mille lumières ? Oh c’est un Quick ! Comme c’est charmant ! Dis moi, ce ne serait pas une concession automobile que j’aperçois au loin ? Avec un peu de chance à cette époque de l’année nous pourrons peut-être apercevoir un entrepôt désaffecté. C’est leur saison des amours.

Malheureusement il faut déjà quitter ces paysages enchanteresses pour rejoindre la forêt et ses mornes chemins… L’occasion de vérifier ce qui pourtant ne faisait aucun doute depuis le départ : ce sera une nuit sans. Sans jambes, sans énergie. Je n’avance pas. Je dois me rendre à l’évidence : je n’arrive pas à skier, la neige elle est trop molle. Pourtant c’est vrai que c’est un joli spectacle que m’offrent toutes ces lampes frontales éclairant la nuit noire. Procession silencieuse bravant le froid.

C’est mon prénom que j’entends. Maman ?!

Fini la poésie faut que je fasse pipi. Cela ne peut plus attendre, je m’écarte d’au moins 45 cm du chemin. Toc toc toc qui est là ? Ce n’est pas le respect ! Quelques jolies côtes au programme. Une portion montante d’1,5 km dans laquelle j’ai du laisser un poumon au cas où vous repasseriez par là. À ce stade de l’aventure j’ai égaré mes compagnonnes. Peut être au même endroit que le poumon. Dans la nuit sombre, un cri. C’est mon prénom que j’entends. Maman ?! Non c’est Paul, mon team mate Douzaleur qui m’a reconnue. Il m’accompagnera jusqu’à St Christo en Jarez. Nous partagerons les derniers km du relais ensemble, les glissades sur le verglas dans les descentes, les glissades sur le verglas dans les montées, le brouillard. Nos routes se séparent au ravito, il n’a visiblement pas trouvé de blablacar car il doit poursuivre jusqu’à Lyon.

Le job est fait pour ma part, aux suivantes de continuer. S’ensuit une nuit de micro siestes dans la voiture, de relais en relais pour récupérer les uns, déposer les autres. Au petit matin c’est à la halle Tony Garnier de Lyon que prend fin l’aventure. Main dans la main nous passons l’arche avec les dernières relayeuses. Balayé le manque de sommeil, oublié le froid et les jambes lourdes. L’aventure est belle car elle est collective. On partage une bière et on se dit qu’on recommencerait bien l’année prochaine. Et on se prend à rêver, dans quelques années on se la fait en entier ?

Ah c’est sûr que c’est pas en buvant de l’eau qu’on aurait des idées pareilles…

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La belle brochette